Campagne Channel : mission suicide

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Krasno
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Message par Krasno » ven. nov. 30, 2012 11:15 pm

Petit intermède : deux ou trois rapports de mission d'une campagne qui a eu lieu il n'y a pas si longtemps, organisée par les UF, et, précisément, Hallacar : on n'est plus dans du SEOW ou dans du Pips, c'est ici de l'historique revendiqué, tout fait à la main, bien propre. L'objectif annoncé est de permettre aux pilotes de gros tas de s'épancher en groupe, et par conséquent l'une des attractions de cette campagne est la présence de groupes de plus de 10 bombardiers pilotés. C'est évidemment aussi intéressant pour les chasseurs, qui ont l'occasion de se confronter à des formations bien groupées et fortement défendues...

La campagne, nommée "West Front 41-44", a pour théâtre le Channel, et décrit les opérations sur ce front sur une longue période, avec un total d'une quinzaine de missions. Nous sommes ici le 17 Août 1942, en défense de la côte Française contre un raid de B-17 de la 8e AF.
Quinze heures. La paire de Barda décolle d'Abbeville pour prendre un peu d'air marin, et des marins sous son aile. Un groupe de chasseurs bombardiers se prépare sur Caen. De la même base, Hellcat emmène Leborgne escorter un tas de flottants, ou presque, qui se traînent du Havre jusqu'au port le plus proche. Un cargo moulu et une vedette déchue, c'est un peu moins de la moitié de la Marine locale qui prend le large. L'autre, composée d'un caboteur et deux chalutiers hérissés de trois ou quatre pétoires, croise au large de Dieppe, avec le groupe de chasse Nord, c'est à dire Barda et JP, en guise d'ombrelle. C'est le problème des armées à faible budget ayant à leur tête un Etat Major impressionniste, à défaut d'impressionnant : les Focke, on les sort deux par deux. La chasse, c'est comme la peinture : quand on en a pas, on l'étale. Ca évite les problèmes de coordination vu qu'elle est impossible, et ça donne l'impression de couvrir parfaitement la zone.

Et nous ? On joue les piquets de tente à Beaumont le Roger... Jouer les piquets, c'est pas très tentant, vous avouerez. Enfin, au moins, on est quatre, ce qui fait de nous l'un des plus gros groupes de chasse basé en Normandie (on compte pas les Jabos, bien sûr). Alerte à 5 minutes, en théorie : peu de chances que les Spits attendent 5 minutes avant de faire de la bouillie de Focke. Vous pouvez calculer la marge entre "on a vu un contact" et "on est en sous-nombre" pour une paire d'appareils, mais croyez-moi : elle est sacrément fine... Enfin, aujourd'hui, c'est de la routine : quelques Spits et Beaufighters se risquent sur les rafiots, en estourbissent quelques-uns, réduisant de 20 % l'effectif de la Kriegsmarine, mais les suivent eux-mêmes à la baille pour la plupart d'entre eux. La radio crépite de "Splash", "Au shoot", "Laisse m'en un, laisse m'en un" et "j'lai eu didju" des deux paires. Bref, rien de méchant, et pas vraiment de quoi décoller, avec le recul ; ce qui ne nous empêche pas d'être déjà en l'air, en train de tourner sur le Havre, une petite demi-heure plus tard : les Spits, ça se reproduit comme des petits pains et les poissons, et on voudrait pas que les Groupes de Chasse Nord et Ouest fassent une indigestion. Même, s'ils voulaient partager...

Mais va pas tarder à yavoir du sport, si on en juge par l'ordre du contrôleur : "rassemblement du groupe sur Dieppe, 5000 m". S'ils collent huit Fw 190 ensemble, c'est qu'on parle d'un truc majeur, le genre à se retrouver dans les têtes de morveux de dix printemps au sortir d'un cours d'Histoire-Géo dans une cinquantaine d'années. Un débarquement, au bas mot. Ou une sortie de l'ensemble de la RAF. Ou les deux, mon général. En tout cas un truc inhabituel, parce que le pauvre type derrière le micro m'a l'air de n'en plus savoir lire une carte. Le gus nous balade de 5000 m verticale Dieppe à 9000 m verticale Abbeville, en passant par 6000 m à Berck, et 8000, puis nous fait retourner à Dieppe, puis Berck, puis Dieppe, puis Abbeville. Là, innocent : "z'êtes bien tous regroupés, hein ?". Tu parles, Charles. "Nombreux bandits repérés, Union 41".

Union 41, Union 41... Rouen, quoi. Derrière nous, dans le dos. On s'est fait blouser. Chance, on a un collègue dans le coin, Littil, qu'a pris un pète et a fait un tour chez Carglass à Abbeville avant de nous rejoindre, qui nous repère les zigotos sur un cap Nord Ouest, repartant de Rouen. Les locaux vont maudire notre baveux sur cinq générations. Des salauds qui bombardent de 9000 m, c'est des B-17, pas possible autrement. B-17, forteresse volante pour vous servir, des mitrailleuses de 12,7 mm à plus savoir qu'en faire, une altitude de croisière supérieure à notre plafond pratique, l'équivalent de la masse au décollage d'un Fw 190 en blindage... Et pour couronner le tout, ça se trouve qu'en packs de douze, avec ce qu'il faut de chiens de chasse autour.

Ventre à terre que nous sommes, enfin, à 10000 m près quoi. Direction Rouen, qu'est au 180, mais on coupe un peu en prenant un 210 parce que les bandits sont annoncés sur un 330. Ca va de soi. Pis comme on est tous sur le même cap, bonus : vl'à t'y pas qu'on se retrouve tous ensemble, Hellcat Barda JP Vince Furax Claymore et bibi, sauf Littil qu'est toujours en train de jouer au pisteur indien. Le I/JG2 doit pas être trop loin non plus. Jamais vu autant de Focke ensemble, et je parie que c'est pareil pour les gars en face. Ca va leur faire bizarre. C'est à dire, si on les trouve un jour : Littil les a pommé, on a déjà Rouen en visuel dans les 10 et l'office du tourisme à l'autre bout de la ligne est porté disparu. Ah, le revoilà : "Bandits passent la côte, Est Dieppe, cap Nord".

Dans le dos. Encore ratés. Et là, pour les chopper, va falloir se lever de bonne heure : peu de chances qu'ils nous attendent, un B-17 les soutes vides, ça doit bomber, et l'Angleterre est pas loin. Demi-tour, droite, manette enfoncée dans le tableau de bord, on sort les bras pour ramer. La belle formation est ventilée aux quatre coins de la Haute Normandie. On est tellement hauts qu'on a l'impression de pas avancer. On passe à peine la côte. Un Focke, ça va quand même plus vite qu'un B-17 ? Hein ?

"J'les ai j'les ai j'les ai !"
"Hellcat, position ?"
"Nord Ouest Dieppe, pieds dans l'eau !"
"C'est pas un tas de Spits hein ?"
"Je crois pas non, ceux-là savent voler en formation".

Bon, en tout cas, ça vaut la peine de dévier un peu : on prend un cap 20, histoire de converger vers eux. Hellcat est entré au contact : "C'est bien les lourds ! Taïaut taïaut". Je crois que c'est la première fois que je l'entend dire ça. J'en verse une larme. Surtout que je les vois aussi, maintenant : un tas de points noirs, un peu en bazar, dans mes deux heures, même niveau. Attaquer des B-17 en démarrant de leur altitude, c'est un peu comme attaquer une méchante côte au point mort : c'est mauvais pour le moteur. Ces saletés vont tellement vite, et sont tellement bien armées, qu'à moins de 500 m d'avantage d'altitude au départ, on fait rien de bon. Sans compter l'escorte. Or, chopper 500 m de plus en Focke, quand on est déjà à 9000, c'est le genre de choses qu'on planifie sur 5 ans.

Entre temps, Hellcat s'est jeté comme un affamé sur les B-17, soi-disant que "meuh non ya pas d'escorte, j'en vois aucun". Il a réussi à se caler une bonne frontale, ce qui veut dire qu'après, il va devoir ramer pour les rattraper... Mais qu'il peut en attendant leur donner à réfléchir. Il commence par un grand gauche, et retrouve l'escorte à sa place naturelle : "j'en ai au moins six derrière !". Entre temps, nous arrivons à distance convenable. Les gros tas sont douze, trois groupes de quatre disposés en triangle. On s'est mis bord à bord, cherchant l'escorte... Rien au-dessus, en tout cas. On s'avance un peu par rapport aux bombardiers, mais on va pas y aller en frontale, plutôt de trois-quarts avant : on a pas des heures devant nous. "A tous, attaquez le leader de la formation en priorité". A l'abordage !

Je pars en long virage à droite, me retrouvant plus ou moins dans les dix heures des bombardiers. Mon léger avantage d'altitude me donne des cibles un peu plus grosses que si j'étais purement à plat, mais c'est pas encore ça. Ya pas, une bonne frontale ça aurait donné, mais va récupérer le train après... L'attaque par le côté, c'est un peu au pif : ya tellement de montants partout, et les cibles défilent tellement vite qu'on peut difficilement viser la tête du copilote... déjà, toucher l'avion qu'on visait dans un groupe, c'est bonnard. J'y arrive tout juste d'ailleurs, en alpaguant un type par le bout de l'aile, mais ça lui porte pas chance : il part en spirale. A un mètre près, je le ratais. Désolé, vieux. Un long gauche, gentillet pour éviter qu'un Spit farceur ne coupe trop dans le fromage. Peu de chances pour un rosbif, remarquez.

Les fessiers proéminents commencent à accuser le coup et à dégazer sévère, surtout en tête, mais ça tombe pas, et l'Angleterre approche. Les mitrailleurs mitraillent, les Spitokupent le terrain, les Wulfs loupent et louvoient. C'est que c'est un truc à finir en feu d'artifice, cette histoire : à chaque passe j'ai l'impression de traverser un autoroute à contresens. La meilleure technique : se coller sur une trajectoire de collision avec le groupe, tirer une bordée entre 500 et 300 m, rentrer la tête dans les épaules, mettre les mains devant les yeux qu'on aura fermés préalablement, prier un bon coup, hurler si l'envie vous en prend. Ce qui me console, c'est que vu du côté des tas de graisse, ça doit pas être plus rassurant.

Ca commence à mal tourner. Furax tombe. Les mitrailleurs des B-17 se sont réveillés et harcèlent par petites rafales à peu près tout ce qui bouge, Spits compris. Seulement, les Spits, eux, n'ont pas besoin de passer et repasser dans le troupeau... Le groupe de Caen canne : Hellcat tombe, puis Littil. Les forteresses portent bien leur nom, elles encaissent méchamment mais tiennent le coup. L'escorte est entrée plus sérieusement dans la danse, mais est toujours un poil en arrière : Barda et JP la retiennent désespérément par le fond du pantalon. Vince n'a pas pu en profiter, et a décidé bille en tête que si ça marchait au rugby, yavait pas de raison qu'un bon petit plaquage sur un de ces mastodontes ne donne pas de résultat. Restent Clay et moi, mais à deux on va pas changer le monde. On continue quand même, passe, tête épaules yeux mon dieu, virage, remontée du courant, virage, et rebelote. Le coup de bol du départ a pas l'air de vouloir se reproduire : ça fumotte de plus en plus, mais ça veut pas tomber.

Déjà la cinquième passe, d'un peu plus haut pour dégager un peu d'angle sur ces bougres de coffre-forts volants. J'arrive pas à croire qu'il y ait pas encore eu un Spit pour m'en coller une. Ils arrivent dans mes deux, j'ajuste pour chopper le second, rafale, ça a un peu touché mais pas coul... Paf, mon aile droite s'est transformée en dentelle de Bayeux. Très joli, tellement que j'ai hâte de montrer ça à Hans, le mécano. "Krasno RTB". Je continue gentiment mon virage en droite pour ficher le nez sur la France, tout en gardant le mien dans le secteur arrière, au cas où... "Krasno engagé, Spit, loin". Clay aussi a dégagé, engagé. Barda se finit sur un bombardier isolé, qui avait encore de la ressource. Je continue à piquer, mais ma sangsue a l'air de m'en vouloir : il a beau pas gagner trop de terrain, il suit toujours. Et c'est pas avec mon aile en écharpe que je vais battre un record du 100 m : à un moment, ça va couper...

Heureusement, entre temps la I/JG2 a rejoint la fête et commence à mettre un peu de feu sur l'huile que les baleines fuient de tous leurs auvents. Ca doit savonner sec dans les oreilles des p'tits cocos, parce que mon pitbull me fait finalement faux bond. Reste celui de Clay, qui s'acharne. J'essaie bien de le retrouver, mais en plein milieu de la Manche, les points de repère sont plutôt vagues. Retour aux fondamentaux :

"Tire un coup pour voir ?"
"Moi j'veux bien mais je baigne dans les traçantes rouge du gus, ça devrait suffire nan ?"
"Ben je vois rien moi"

On est pas rendus. A tout hasard :

"Clay, alti ?"
"Plus bas que ça, j'me mouille"
"Ah c'est p'têt pour ça, je te cherche à 8000 plus..."
"En tout cas il arrose toujours"

Neuf heures... Rien. Trois heures.. Là ! "Visuel, j'arrive". Gaz à zéro, nez dans la bleue, 800 km/h. Rosbif arrose généreusement, ce qui me recale sur lui dans la descente, et il a beau lâcher l'affaire un peu avant que j'arrive sur lui, j'ai déjà le visuel. A partir de là, la routine : Spit en légère montée, ailes bien à plat, j'ai de la vitesse, suffit de mettre le gus au centre et tirer. J'annonce le tir : "Krasno, splas... euh, enfin, au shoot pour l'inst... Ah ben si, splash en fait". Boom. Lui apprendra à pas suivre les ordres, c'ui là. Heureusement qu'il y a encore des Spits pour remplir les tableaux de chasse, maintenant qu'on peut plus compter sur les gros tas !
Image
Une vidéo de présentation de l'Escadron C6 est disponible sur Dailymotionet sur Megauploaden bonne qualité !
Humour et simu
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